Plaidoyer pour la paix (Erasme)

1508606_11515366Le Plaidoyer pour la paix est un essai d’Erasme, dont je possède une copie aux éditions Arléa, collection Domaine latin qui nous offre une magnifique traduction en français moderne du latin fleuri de l’auteur.

Ce texte fut écrit pour exporter les hommes à être en concorde les uns avec les autres… en 1516 ! Il est bon de voir comme il fut écouté et entendu depuis …

Erasme fut sans doute le premier citoyen européen, ses études se sont partagées entre la France, l’Italie et l’Angleterre, il a voyagé de l’Autriche à l’Écosse. Son amour pour le continent ne fait qu’accroitre son dégout pour les luttes entre principautés, duchés, domaines, ou royaumes le composant.

Il voit une unité culturelle entre tous les européens par leur culture plus ou moins commune.

Si l’auteur a servit de modèle aux humanistes du XVIe et XVIIe comme Montaigne, Rabelais ou Pascal, son propos est quelque peu tombé dans un oubli bienveillant, une douce inconstance des lecteurs a éloigné ce « fou » du parcours commun. N’écrivant pas en français vulgaire il n’a pas été retenu par les manuels de littérature mais pratiquant un latin enjolivé des siècles médiévaux il est également passé entre les mailles des versions latines…

Il était moine, un religieux qui consacra sa vie à écrire pour exhorter à la paix, à la mesure et à l’apaisement des passions. Ce plaidoyer est paru peu de temps après l’éloge de la folie, publié lui en 1509. Quelle folie serait plus grande en pleine époque de guerres saintes, de lutte contre l’Angleterre, l’Espagne et l’Allemagne que la paix entre tous ?

C’est la question que pose Erasme, interpellant le nouvel évêque d’Utrecht, le duc Philippe de Bourgogne. Le pape Leon X lui-même, prêche la fin des luttes quand Jules II son prédécesseur lançait l’Europe contre les Turcs. Mais il ne reçoit pas l’audience qu’il devrait et le texte sort dans ce climat.

Notre auteur donne la parole à la paix elle-même pour qu’elle puisse enfin se défendre face aux hommes. Elle aura deux arguments principaux : qu’elle n’est ni naturelle, ni en accord avec la parole du Christ. Elle n’est pas une loi qui s’applique aux animaux, en effet nous trouverions stupide d’observer 10 taureaux lancés en charge contre 10 lions, que dire alors de 1000 hommes en tuant 1000 autres ? Si l’animal tue pour manger le lynx chassant la biche, l’homme en fit un sport, et aucune espèce sauvage de s’entre déchire en son propre sein. On rétorque que les conflits existent mais hors la défense de la progéniture ou la recherche de nourriture rien ne met en rage assez pour déclencher une bataille dans le règne animal, alors que mille broutilles enlisent les humains dans leurs tueries intestines.

La guerre bien que voulue par nombre de clercs ne peut cependant pas être considérée comme « sainte » puisque le Christ est symbole de paix. Rappelons qu’au XVI eme chacun lutte se revendiquant de la Sainte Croix en exterminant tout le monde. Si l’on se tient au commandement fondamental « aimez vous les uns les autres » comment approuver, ou pire générer, de telles souffrances ? De telles haines qui poussent chacun a se faire bourreau de son voisin ? Cette partie de l’oeuvre est truffé de situations des évangiles, l’auteur se faisant théologien pour convaincre une élite dominante très croyante que le texte qui devrait leur servir de guide n’est qu’un message de paix.

L’ouvrage se termine sur une harangue résumant le tout et exportant une dernière fois à apaiser la politique extérieure des divers royaumes d’Europe.

Si aujourd’hui les milles citations des apôtres n’ont que peu de poids pour nous convaincre du bien fondé du propos, l’évidence reste la même : la paix nous apporte mille bienfaits que la guerre a vite fait de détruire. Nous pouvons aisément remplacer le concept de religion par celui d’ espèce : nous sommes tous humains, donc tous plus ou moins reliés les uns aux autres. Quelle est donc notre intérêt à faire du mal à celui qui est notre semblable ?

La réflexion sur la connexion entre les êtres, qu’elle soit naturelle ou culturelle est toujours d’actualité, je suis proche de mon voisin qui est proche du sien et ainsi de suite jusqu’à ce que nous soyons tous connectés. Erasme écrit avec les arguments de son temps, mais finalement nous ne sommes peut être pas si loin des guerres fratricides du XVIe siècle, même si Paris ne combat plus ni Londres, ni Berlin…

Si au XVIe on pouvait entendre qu’une religion ait plusieurs messages opposés, l’un de guerre pour une minorité, l’autre de paix et de tolérance pour la majorité des intellectuels qui « lui appartiennent ». Aujourd’hui ce n’est peut être plus la même voix que nous unifions à tort, mais si la Renaissance réussissait à voir les profonds désaccords d’un peuple, d’une entité religieuse, nous le pouvons sans doute.

Pour retrouver ce livre : http://www.arlea.fr/Plaidoyer-pour-la-paix,619

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