Kulturindustrie (Adorno&Horkheimer)

book_572_image_coverKulturindustrie  est un essai de Theodor Adorno et Max Horkheimer, publié pour la première fois en 1947 et que je possède chez Allia dans une version de 2012.

Il s’agit d’un bilan du monde de la culture, vu par les auteurs, sous l’Allemagne Nazie. Leur bilan n’est flatteur ni pour leur pays qui s’enlise dans la propagande ni pour les Etats unis, qui dominent la production culturelle. Malgré un ancrage fort dans leur époque de nombreux constats me semblent toujours d’actualité… et c’est donc comme eux sur la part « occidentale » de cette industrie que je vais me concentrer.

Ils voient dans la culture populaire un système, s’auto-définissant comme une industrie, regroupant principalement le cinéma, la radio et la tv ; basé sur la reproductibilité technique entraînant la perte de l’aura des oeuvres d’art, muant ce dernier en culture.

Les équipes produisant les produits culturels se substituent à Dieu en fixant des rêves, et plus largement l’idéal de l’époque. De même que dans une religion, nous avons des rites et des codes qui s’inscrivent dans les populations. Ici il s’agit de la compréhension immédiate de la syntaxe de cette culture, un idiome conditionné par les limitations techniques auxquelles sont confrontés les producteurs.

La domination passe par la présentation d’une « universalité » prédéfinie, positivée et calquée sur la hiérarchie sociale. Cette hiérarchie induit un classement du soap opéra au reportage sur la musique classique : ce que les marques appliquent à la perfection entre marque de luxe et low cost, ne changeant que des détails pour permettre à chacun selon sa place d’accéder aux produits et services… sans sortir de sa condition.

L’art englobe ce principe en se constituant de deux branches : l’art sérieux auquel une minorité d’initiés a accès, duquel il faut posséder les clefs pour espérer comprendre quelque chose ; d’autre part l’art populaire, qui singe l’industrie culturelle en en reprenant les codes et auquel il suffit de s’intéresser pour pouvoir l’assimiler.

Cette main mise passe également par le rythme : tout doit être mouvement pour mimer une évolution, donner l’impression que si l’on se met en retrait ne serait ce qu’un instant on va manquer quelque chose. Les nouveautés engendrées ainsi doivent cependant rester dans le cadre établi afin de ne pas troubler le système global. Le but de ces productions étant de permettre au travailleur de souffler suffisamment pour pouvoir reprendre son travail. Elles visent simplement le divertissement, c’est pourquoi elles miment le quotidien en y insufflant juste ce qu’il faut d’imaginaire pour le rendre attirant. Ainsi pour reprendre leur exemple nous pouvons penser aux dessins animés où si les protagonistes sont des animaux ils n’en sont pas moins confronté au chômage, à la violence et aux peines de coeur.

L’exhibition sur laquelle repose, dans le modèle hollywoodien, la modification est double : c’est un catalogue de consommables à porter de main pour le spectateur : du chewing gum à la voiture, de la petite secrétaire à la pin up.

Cependant pour y avoir accès il faut « être choisi », avoir la chance de faire partie des élus dont le portefeuille autorise la possession de la villa californienne et de la voiture de sport. Cette distance créée par le hasard des destins, au sens antique, force à réprimer le désir d’en faire partie. Nous sommes donc naturellement ramenés à notre vie. Il en va de même pour la sexualité omniprésente : la beauté des stars, les situations si charmantes que leur offrent leurs amours ne sont pas plus accessibles que la vie de milliardaire, si ce n’est dans les détails. Car chacun peut s’offrir un morceaux du destin de rêve en emmenant son conjoint dans les mêmes paysages, s’offrir la même tenue que l’acteur, ou encore céder à la dernière mode en matière de brushing…

La seule chose que le rire n’entache pas, ne dénigre pas, est la sécurité sociale : la société étant consciente des injustices qu’elle engendre (et qui sont nécessaires à son fonctionnement comme le disait Thoreau dans la désobéissance civile) exclut ses marginaux même dans sa culture. Il ne sont partiellement présents que part la générosité dont font preuves les héros, ils ne sont que de simples faire valoir des élus.

La culture correspond ainsi à la société qu’elle accompagne plaçant tour à tour l’individu dans le rôle du client et de l’ouvrier, le définissant par son appartenance à tel ou tel groupe social.

Si le bilan est assez sombre on se rend facilement compte qu’il s’est arrangé (un peu) depuis par l’éducation, par le développement de l’accès à l’art sérieux, et par la multiplication des courants dans la culture globale…

Pour retrouver ce livre : http://www.editions-allia.com/fr/livre/572/kulturindustrie

Publicités

2 réflexions au sujet de « Kulturindustrie (Adorno&Horkheimer) »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s