Chagrin d’école, Pennac (2007)

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Ce livre est épidermique chez moi, parlant du cancre que je rêvais d’être et que j’ai toujours été inapte à rejoindre.

Il souffre cet enfant qui ne comprend rien à rien, bon dernier que l’école rejette…
sans doute. Mais moi j’étais de l’autre coté : bonne élève.
Pire sanction jamais donnée dans ma scolarité, j’étais « l’intello ».

J’ai pourtant tout essayé, des erreurs volontaires en thèmes, des déclinaisons inversées en Allemand… mais trop systématiques mes « erreurs » se voyaient et récoltaient un avis amusé du professeur en question. Un haussement du ton, et puis on était quitte, je retombais par inadvertance et ennui dans la figure du « bon élève ». Je partageais donc les fonds de salles avec les cancres pour « faire autre chose » n’importe quoi mais autre chose. Seul point commun entre nous : tout mais par pitié être ailleurs, vite.

Quand Pennac parle sur un mode dramatique de ces pauvres petits, je trouve dommage qu’il oublie les autres (une petite mention en fin d’ouvrage mais j’y reviendrai). Tous ces autres que les profs abandonnent à leur ennuis et discutent de vouloir lire ou écrire ou designer ou n’importe quoi pour ne pas rester 8h assis a attendre que quelqu’un se décide à dire quelque chose de nouveau. Il parle de reprendre les bases de la grammaire en 3e. Oui sans doute qu’il le faut. sans doute… Pourtant l’élève en moi est déjà au bord des larmes de rage en voyant ces longues heures de rabâchage qui arrivent : l’éternel recommencement de ce que l‘on sait, merci mais moi ça me rendait cancre. alors du fond de la classe je relisais Huysmans, je parcourais sur mon téléphone les derniers articles du monde diplomatiques, et j’engloutissais Spinoza.

Au point qu’une professeure de Math de terminale prise d’une crise de colère absurde avait confisqué l’ouvrage, référé à ma mère mon « manque d’attention chronique »… en avais-je tenu compte ? « Hélas non ! » (mot de ma prof d’allemand surprise que je chahute plus que je n’écoute la millième révision de locatif).
La où je rejoins l’auteur c’est sur les professeurs qui sauvent des élèves. Pour moi c’est deux profs d’allemand et un prof de Latin qui un jour ont tendu une main. J’étais déjà au lycée et il était bien trop tard pour que je change d’avis et j’ai regardé cette main comme une marque d’amitié, et pas d’enseignement.

Une dernière petite phrase m’a convaincue que l’amour que j’avais éprouvé enfant pour cet auteur (surtout pour Kamo et cabo caboche) était surévalué : il appelle ses bons élèves des « élèves pépites ». Sauf que non. NON. Non je n’étais PAS une friandise, comme les cancres ne sont pas des déchets. Je ne me levais pas le matin pour faire plaisir à mes profs, j’étais là pour apprendre des choses, et je soufrais vraiment du vide sidéral des cours qui m’étais proposés.

Alors comme il le dit si bien les élèves sont des hirondelles, et moi j’étais l’hirondelles qui faisait des acrobaties. Au lieux de montrer du doigts cet excentrique qui fait des loopilooping et ramasser délicatement celles qui s’assomment, j’aurais adoré que de temps à autres l’un d’eux viennent jouer avec moi. Simple désir de reconnaissance ? oui.

autant le cancre veut être reconnu, et le sont généralement (suffit de voir le regard du prof sur le cancre qui s’exprime enfin) je l’ai espéré en vain pendant toute ma scolarité pré-bac (et post un peu aussi malheureusement).

Je ne suis pas un bon produit de l’école de la République, je la hais.

alors désolée mais je ne vous conseille pas ce livre. pas du tout.
A moins que vous cherchiez le réconfort d’un camarade de cancrerie.

 

un petit aperçu (différent du mien) sur le site de Gallimard !

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9 réflexions au sujet de « Chagrin d’école, Pennac (2007) »

  1. Oui, tout le monde a un rapport très « affectif » à l’école.
    Pour moi qui suis ancienne, l’école était un endroit heureux et permettait l’ascenseur social. Maintenant que je suis une vieille prof, je sais que l’école n’est pas faite pour les enfants et la plupart y sont malheureux. Triste constat avant de partir à la retraite. J’espère durant ma carrière avoir allégé leur peine.
    Cependant j’ai bien aimé ce livre parce qu’il parle de l’école que j’aime, celle où des profs peuvent être formidables et sauver des enfants, où des « mauvais élèves » (mais que signifie ces mots ?) peuvent devenir écrivains et où des élèves brillants et en recherche seraient heureux aussi…

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